Mon chien, ce HPI

Extrait
Que ceux qui ont résisté me jettent la première balle. J’en connais même qui, dans ma situation, ont fait signer des contrats à leurs enfants. Alors hein, bon. Il a envie d’être tranquille. Je le connais maintenant. Dès qu’il me tourne le dos pour commencer à taper sur son clavier en m’ignorant, c’est le signe qu’il veut travailler ou que sais-je. Je vais lui laisser quelques minutes parce que je ne suis pas un monstre… Voilà, c’est bon, il a eu le temps nécessaire pour faire ses trucs.
[…]
Je commence à gémir doucement. Très doucement. Il ne faut pas le brusquer, je le connais maintenant : s’il se braque, il peut aller jusqu’à me dire non. Il m’a entendue, ses épaules viennent de se crisper. Le pauvre, il connaît la suite. Pourtant, il ne se retourne pas et continue son activité. Le ballet commence.
J’augmente un peu le volume de mon deuxième gémissement, et, là, sa tête s’affaisse, il ne va pas pouvoir y échapper. Mais il résiste encore, alors je lui assène un troisième crissement de craie sur le tableau noir de sa tranquillité. Il pivote sur sa chaise et me dit en prenant sa grosse voix : « Stop ! », en détachant bien les lettres comme si je pouvais lire sur ses lèvres. Je lui retourne son regard en activant le mode « Mon Maître à Moi », mes deux « adorables petites billes rondes » — je les ai entendus dire ça un jour — vrillées dans ses yeux. Suppliante. Marie aux pieds des soldats romains n’aurait pas fait mieux. Il dit : « Tu exagères vraiment là, on vient juste de sortir. » Oui, mais j’ai de nouveau envie de prendre l’air, c’est comme ça. Il tente un dernier coup de dés, met ses écouteurs et bondit sur son clavier, ses doigts virevoltant sur les touches pour faire apparaître des mots sur l’écran. Bien joué, mais je ne me laisse pas faire, c’est l’heure du coup de grâce. Je m’approche de lui, je m’assois à ses pieds, dans son champ de vision basse, sur sa gauche et, là, je porte l’estocade : je tapote sa cuisse avec ma patte et je lui fais ma meilleure imitation du chat dans Shrek. Sans surprise, mais ce n’est jamais lassant, il capitule, se lève, enfile ses baskets et attrape la laisse pour me sortir ; il n’a pas les armes pour se battre.
Y’a pas à dire, ces chats ils en connaissent un beau morceau en matière de manipulation de nos humains. Moi je n’ai pas fréquenté leurs écoles Montesouris, mais je ne suis pas en reste quand il faut les faire marcher.
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